NL

Nina Level © 2022

WORKSHOP AVEC ANTOINE D’AGATA

WORKSHOP AVEC ANTOINE D’AGATA

Arles, lundi 8 avril 2024, 10H. Antoine d’Agata est en face de moi dans la cour de la Maison des Arènes. Je ne suis pas en retard, je ne rêve pas, je suis bien là. Et lui aussi. Maintenant tout peut arriver. Mais voila ce qui arriva.

Passer une semaine avec Antoine D’Agata c’est d’abord ne pas dormir beaucoup. On le sait, on est présent avec lui la journée et nous partons avec nos boitiers le soir. Le sujet importe peu, ce qui compte c’est que le lendemain 9.30 am, nous ayons des photos. Mais pas n’importe lesquelles. Pas celles qui montrent ce que l’on ressent mais celles qui montrent ce qu’on a fait de notre ressenti, en l’occurrence ici, de notre désarroi, nos doutes, nos frustrations, nos angoisses face à nos objectifs et leurs improbables réalisations au regard du contexte et du temps que nous avons. Voilà, comment ressentir l’extrême. Pas celui d’Antoine, sa vie est trop romanesque pour que l’on puisse ne serais ce qu’imaginer le suivre, mais nos propres limites. « Push, push, push… ! » fut un peu notre mantra de la semaine. Alors on cherche, on insiste, on n’a pas le choix, on push. Il faut dire que décevoir Antoine d’Agata, personne n’y pense. En face de cet homme qui donne tout, il est difficile de renoncer. Je commence à comprendre d’ou vient la force de ses photos : il est entier. Il fait corps. Même dans ce contexte de formation, il se met à nu. Dévoilant sa vie, évoquant son travail, sans filtre, sans chercher à attirer la lumière. La lumière il l’a mise ailleurs que sur lui. Il l’a mise sur nous. Nous comprenons doucement que nous ne repartirons pas comme nous sommes arrivés.

“La photographie n’est pas un outil pour montrer mais un outil pour faire. Elle est une histoire de regard sur l’extérieur autant que sur soi. ». Agir. Faire. Exister avec et ne pas simplement rendre compte de. Faire ressortir n’est pas suffisant.

J’agis. J’ai envie de corps. De peau et de chair. De mise à nu moi aussi. Et en plus, je m’imagine que ça va être facile. Arles. Le Sud. C’est facile. Le serveur du Mistral, me donne la carte du N., un sauna libertin qui pourrait être assez open pour m’autoriser à faire des photos. Trop facile.

Le sauna est proche du centre. J’y vais confiante et hallucine dans ce décor. Les lits king size en skaï rouge et noir, la piste de danse avec sa barre de pool dance, le jacuzzi, les banquettes tigrées, les écrans qui diffusent le même film X en boucle, et des étages où je découvre pèle mêle, des tables de massages, des alcôves obscures, des chaines sur une croix, un fauteuil immense pour s’y installer les jambes en l’air, … l’ensemble compose juste parfaitement ce que j’avais en tête. Il ne me reste plus qu’à y rencontrer des corps et de la chair.

Profitant de la bienveillance du patron, je shoote cet endroit jusqu’à la fermeture. Etre là avec un appareil photo est assez rare et je me régale des lumières rouges et bleues. Le décor me suffit. Nous faisons connaissance.

Au matin, le tirage des photos me conforte dans mes premières impressions : avec des clients, je vais pouvoir réaliser des images folles. Des photos que je ferrai à l’instinct, comme d’habitude.

Des clients justement, Antoine me dit que ce sauna est surtout réputé pour ne pas en accueillir beaucoup. Mais je suis lancée et plutôt rassurée par les premiers tirages.

Deuxième nuit. Je suis confiante. La sauna m’attend. Je suis chez moi. Au chaud. Avec les filles sur les écrans. Je continue à faire quelques photos et me sens comme à Disney. Sans les manèges. Du coup vers le milieu de la nuit, c’est moins drôle. Un club libertin sans libertin, mon sujet commence à changer d’esprit. Je croise alors deux couples. Serviettes autour de la taille, ils descendent des étages et se dirigent vers les douches. L’ambiance est bleue. Je m’incruste. Ils sont plutôt cool et pas mal surpris de me voir si vêtue. La situation me fait sourire mais ne me déstabilise pas. J’explique pourquoi je suis là. Le premier couple est illégitime. Le monsieur ne souhaite pas être reconnu par sa femme sur une photo. Le deuxième, deux hommes, sont respectivement trop timide (…) et trop respectable sur Marseille. No photo. Pas grave, je fais la maligne. On pose nos fesses sur le skaï et on papote. J’arrive quand même à prendre quelques photos qui vont me donner envie d’en prendre d’autres. Mais pourquoi je me suis embarquée dans ces nuits ou à part y passer les 10 prochains mois, je ne pourrai shooter que des fouets et des capotes qui attendent ?

Au matin, je suis dépitée et j’ai sommeil. Antoine, le visionnaire, attend le plan B. No way. Suis coincée. J’aime ce lieu. « Le désir et la peur sont les critères essentiels dans votre démarche photographique. Trouver l’équilibre entre cette dualité de désir et de peur à la différence du gratuit, du confortable. » J’y suis.

Antoine d’Agata dit aussi qu’un projet doit être basé sur un choix de vie. Là c’est plus chaud. Car je n’ai pas fait comme choix de vie de passer toutes mes nuits dans un club libertin et pourtant c’est mon projet. Il correspond à ma quête de l’intime dans le sens ou j’aime être au plus près des personnes que je photographie. Au plus prés de leur vie. De la surface. Quelle qu’elle soit.

Troisième nuit. L’endroit et la situation commence à me fatiguer. Je trépigne. Frustrée d’avoir le lieu mais pas les gens qui vont avec. C’est une histoire presque drôle. Une blague.

Damien et Florian sont jeunes, beaux et surtout pas que. Ils font partis du workshop. Nous ne nous quitterons pas beaucoup durant cette semaine. Ils sont avec moi cette nuit au club. Je ne leur laisse pas le choix, leur folie couplée à la mienne, ils déambulent nus en clients parfaits dans mon sauna libertin et j’essaie d’oublier que je connais ces merveilleux garçons pour prendre enfin des photos habitées. Au matin, pourtant je suis morose. Le sentiment de ne rien avoir produit de profond ou d’essentiel. Je triche pour aller au bout de mon histoire. Tout le contraire de ce que nous enseigne Antoine. Mon désir et le vide autour. Voilà ce que je montre. Mon désir et l’absence de désir des autres comme une métaphore presque parfaite à cette posture artistique douloureuse qui consiste à souhaiter être désirable.

Ma dernière nuit n’a pas eu lieu. Le club n’a pas ouvert. Fuck !

Merci à Antoine D’Agata pour nous avoir partagé tant de chose durant cette semaine.

Merci à Damien et Florian, sans qui…

Merci à Véronique, Agnès, Anna, Clémentine, Xavier, Jérémy, Graham. Vous êtes si talentueux. Merci à toutes l’équipe des Rencontres d’Arles. Arina est un ange.

 

 

Arles, Monday 8 April 2024, 10am. Antoine d’Agata is standing opposite me in the courtyard of the Maison des Arènes. I’m not late, I’m not dreaming, I’m here. And so is he. Now anything can happen. But this is what happened.

Spending a week with Antoine D’Agata means not getting much sleep. We know that, we’re there with him during the day and we leave with our cameras in the evening. The subject doesn’t matter, what counts is that by 9.30am the next day we’ve brought back some photos. But not just any photos. Not the ones that show how we feel, but the ones that show what we’ve done with our feelings, in this case, our confusion, our doubts, our frustrations, our anxieties about our objectives and their unlikely realisation given the context and the time we have. That’s what it feels like to be extreme. Not Antoine’s – his life is too romantic for us to even imagine following him – but our own limits. “Push, push, push… was our mantra for the week. So we tried, we tried, we had no choice but to push. It has to be said that no one thinks about disappointing Antoine d’Agata. Faced with this man who gives everything, it’s hard to give up. I’m beginning to understand why his photos are so powerful: he is whole. He’s a whole person. Even in this context of training, he lays himself bare. Revealing his life, talking about his work, without any filter, without trying to attract the light. The light is not on him. He puts it on us. We slowly understand that we won’t be leaving as we arrived.

“Photography is not a tool for showing but a tool for doing. It’s as much about looking at the outside world as it is about looking at ourselves. To act. To do. Existing with and not simply reporting on. Bringing it out is not enough.

I act. I want bodies. Skin and flesh. I want to be naked too. And what’s more, I imagine it’ll be easy. Arles. The south. That’s easy. The waiter at Le Mistral gives me the card for Le N., a libertine sauna that might be open enough to allow me to take photos. Too easy.

The sauna is close to the centre. I go there confident and hallucinate in this decor. The king- size beds in red and black skai, the dance floor with its pool dance bar, the jacuzzi, the tabby benches, the screens showing the same X-rated film over and over again, and the floors where I discover a jumble of massage tables, dark alcoves, chains on a cross, a huge armchair to sit in with your legs in the air… the whole thing is just what I had in mind. All that remained was for me to encounter bodies and flesh.

Taking advantage of the owner’s kindness, I shot the place until closing time. Being there with a camera is quite rare and I enjoy the red and blue lights. The decor is enough for me. We get to know each other.

In the morning, the photos are printed, confirming my initial impressions : with clients, I’ll be able to take some crazy pictures.

Antoine tells me that this sauna is not known for having many customers. I smile.

Second night. I’m confident. The sauna is waiting for me. I’m home. Warm. With the girls on the screens. I continue to take a few photos and feel like I’m at Disney. Without the rides. Which makes it less fun. A libertine club without libertines, my subject starts to change his mind. I pass two couples. Towels around their waists, they come downstairs and head for the showers. The atmosphere is blue. I crash in. They’re pretty cool and quite surprised to see me dressed like this. The situation makes me smile but doesn’t faze me. I explain why I’m there. The first couple are illegitimate. The man didn’t want his wife to recognise him in a photo. The second,

two men, are respectively too shy (…) and too respectable in Marseille. No photo. It doesn’t matter, I’m being clever. We put our bums on the leatherette and chat. I still managed to take a few photos that made me want to take more. But why have I embarked on these nights where, apart from spending the next 10 months there, all I’ll be able to shoot are whips and waiting condoms?

In the morning, I’m depressed and sleepy. Antoine, the visionary, is waiting for plan B. No way? I’m stuck. I love this place. “Desire and fear are the essential criteria in your photographic approach. To find the balance between this duality of desire and fear as opposed to the gratuitous, the comfortable.” I’m in.

Antoine d’Agata also says that a project should be based on a life choice. Here it’s hotter. Because I didn’t make a life choice to spend every night in a libertine club, and yet this is my project. It corresponds to my quest for intimacy in the sense that I like to be as close as possible to the people I photograph. As close as possible to their lives. On the surface. Whatever that may be.

Third night. I’m getting tired of the place and the situation. I’m stamping my feet. Frustrated to have the place but not the people that go with it. It’s an almost funny story. Almost a joke.

Damien and Florian are young, handsome and not just that. They are part of the workshop. We won’t be leaving each other much this week. They’re with me tonight at the club. I leave them no choice, their madness coupled with mine, they wander around naked as perfect customers in my libertine sauna and I try to forget that I know these wonderful boys to finally take some photos with people on them. In the morning, though, I’m morose. The feeling that I haven’t produced anything profound or essential. I’m cheating to get to the end of my story. Just the opposite of what Antoine teaches us. My desire and the emptiness around it. That’s what I’m showing. My desire and the absence of desire in others is an almost perfect metaphor for the painful artistic posture of wishing to be desirable.

My last night didn’t happen. The club didn’t open. Fuck !

Thank you to Antoine D’Agata for sharing so much with us during this week.

Thank you to Damien and Florian, without whom…

Thank you to Véronique, Agnès, Anna, Clémentine, Xavier, Jérémy, Graham. You are so talented.
Thank you to the whole Rencontres d’Arles team. Arina is an angel.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Expo Barboteur

J’expose des grands formats du 3 au 26 Novembre à l’ espace solidaire d’expositions et d’événements artistiques et culturels éphémères, le Barboteur 52 Grande Rue 39800 Poligny.

 

 

 

Journal Photographique Octobre

Le journal photographique est une pratique datant des années 60, lorsque l’avant garde américaine puis la contre culture des années 70 par le refus de l’ordre établi, par la promotion d’une nouvelle façon de vivre, plus libre et décomplexée, propose une contestation des codes artistiques en prônant un décloisonnement radical entre l’art et la vie et en s’ouvrant à la banalité du quotidien.

C’est en inconditionnelle fan du travail de Nan Goldin et en découvrant celui de Nobuyoshi Araki  que je me suis initiée au journal photographique. En pratique, la technique s’efface au profit d’une empathie exprimée librement sans contrainte avec pour résultat une photographie plus proche de l’instantané que de la photographie dite créative.  L’utilisation d’ appareils simplifiés permet de capter le moment. Intime ou non.

Nan Goldin revendique l’esthétique du snapshot, de l’instantané comme un des usages les plus purs de la photographie celui qui “est le mieux définit par l’amour”. Discipline émotionnelle donc plus prés du faire que du savoir faire ramenant la pratique du journal à une sorte de performance au quotidien rejoignant ainsi la pratique de Nobuyoshi Araki pour lequel la photographie n’est pas un médium qui requiert une réflexion sérieuse et une mise en œuvre parfaite. La mécanique du regard et la capacité de production de l’appareil comptant plus que le résultat.

Art sans art et accumulation des vues sont donc les deux topiques de la pratique du diariste photographe. L’imperfection et l’enregistrement du réel sont garants de l’authenticité du propos.

Il suffit de photographier sa vie, d’en montrer les images. Celles de ma vie sont un matériau, un point de départ  inspiré par mes rencontres, de ce que je perçois du monde qui m’entoure sans censure et sans questionnement profond.Figer l’instant est ce qui m’importe. Ce moment unique qui ne se reproduira plus mais qui garde pour toujours l’empreinte du moment vécu. Re-garder un enregistrement esthétique du temps rendu fluide et en mouvement grace à la multiplicité des images et à leur fragmentation. Une esthétique de l’instant que je vous propose de découvrir tous les mois au rythme des tirages de mes Portra 400 shootées sur mon Canon Prima Super 130.

Cette publication est la première. Celle qui doit vous donner envie de suivre les autres puisque la valeur de ma démarche vaut dans l’expérience qu’elle propose et s’inscrit donc dans une démarche pérenne.

 

The photographic diary is a practice that dates back to the 60s, when the American avant-garde and then the counter-culture of the 70s, by rejecting the established order and promoting a new, freer and more relaxed way of life, proposed a challenge to artistic codes by advocating a radical decompartmentalisation between art and life and by opening up to the banality of everyday life.

I was introduced to photographic diaries when I discovered the work of Nobuyoshi Araki and became an unconditional fan of Nan Goldin’s work. In practice, the technique gives way to empathy expressed freely and without constraint, resulting in photography that is closer to a snapshot than to so-called creative photography. The use of simplified cameras makes it possible to capture the moment. Intimate or otherwise.

Nan Goldin claims the aesthetic of the snapshot as one of the purest uses of photography, the one that “is best defined by love”. An emotional discipline, then, closer to making than to knowing how to make, bringing the practice of the diary down to a kind of everyday performance, in line with the practice of Nobuyoshi Araki, for whom photography is not a medium that requires serious thought and perfect execution. The mechanics of the eye and the production capacity of the camera are more important than the result.

Art without art and the accumulation of views are therefore the two topics of the diarist photographer’s practice. Imperfection and the recording of reality guarantee the authenticity of the subject.All you have to do is photograph your life and show the images. Those of my life are material, a starting point inspired by my encounters, by what I perceive of the world around me without censorship or deep questioning. This unique moment that will never happen again, but which will forever retain the imprint of the moment experienced. Retaining an aesthetic record of time made fluid and moving by the multiplicity of images and their fragmentation. It’s an aesthetic of the moment that I invite you to discover every month as I produce prints of my Portra 400s shot on my Canon Prima Super 130.

This is my first publication. The one that should make you want to follow the others, because the value of my approach lies in the experience it offers and is therefore part of a long-term approach.

 

 

 

Snach-Ka

 

 

 

Il y a des rencontres que l’on espère et les rencontres que l’on provoque.
Ma rencontre avec Alain Schank alias Snach-Ka fait partie de celles qu’on espère, qu’on provoque et qui se révèlent être évidentes.
Evident comme répondre OUI quand il me propose en ce début de printemps de venir le rencontrer chez lui en Belgique dans son immense atelier industriel en pleine friche à quelques kilomètres de Liège.
Liège ? S’il m’avait dit Mandelieu-La-Napoule ou Mars, ça n’aurait rien changé. Snach-Ka et moi, l’histoire avait déjà commencé.

Six heures de covoiturage plus tard et je passe trois jours à échanger beaucoup beaucoup sur l’art et la vie, à l’écouter s’interroger constamment sur ce qui l’anime et à découvrir une partie des œuvres protéiformes et saisissantes qu’il a réalisées pendant une vingtaine d’années en abstraction. Ces expérimentations picturales intenses avec de grandes séries d’abstraction sur la thématique du geste, de la matière ou encore du hasard lui ont valu d’être exposé internationalement et d’être présent dans plusieurs galeries.
Cette période s’achèvera en 2018, alors qu’il a le sentiment d’avoir tout éprouvé dans son travail abstrait et qu’il se sent manipulé par le système du marché de l’art. A cette période complexe s’ajoute des évènements douloureux, il perd des êtres chers. Il va passer trois années sans peindre.
En 2021, l’envie revient et avec elle son alias Snach-Ka qui l’accompagnait en secret dans les marges de son travail depuis des années. Il est figuratif, libre, décomplexé, désintéressé et ne respecte rien d’autre que l’instant. L’introspection d’Alain Schank par Snach-Ka est boulimique. Ses personnages déjantés nous hurlent leur déglingue, à la limite de l’agression. Les mots, dans toutes les langues, et les collages font leur apparition. Le combat a recommencé. Mais cette fois ça va être trash et il va se servir de la visibilité sans filtre des réseaux sociaux pour le faire savoir.
En moins de deux ans 16,5K followers suivent ses réels énervés sur Instagram @Snach-Ka, Snach-Ka produit et s’expose en accéléré comme un témoin de son temps.
Il faut que ça claque mais sans recherche d’esthétique. Les couleurs sont fortes, vives, primaires, prises au hasard. La peinture est crachée sur la toile et les pinceaux souvent lancés en mode action painting. Les tracés sont appuyés créant des contrastes saisissants d’impulsivité et d’immédiateté. En cela, il se reconnait volontiers de l’expressionisme abstrait américain mais aussi dans le mouvement artistique CoBrA né en réaction aux querelles entre abstraction et figuration. Il renoue avec une matière primitive essentielle, s’y plonge totalement ignorant toute codification esthétique déterminant les notions de beauté et de laideur. Snach-Ka ne peint pas pour décorer les murs, il peint pour se confronter et être vu.
Il libère ses frustrations pour que nous interrogions les nôtres.
Le combat n’est pas toujours gagné d’avance, il détruit énormément de toiles essentiellement des grands formats et des dessins. Chez lui c’est tout ou rien.
Seul l’acte de peindre semble compter.

 

 

 

Ses inspirations ? Des tonnes. Mais beaucoup, les arts premiers, Duchamps et ses Ready Made qui collent à la réalité, Cy Twombly, pour l’énergie qui émane de sa peinture et qui ne la rend pas accessible à n’importe qui. Willem De Kooning, Antoni Tàpies ou encore Asger Jones dans la place essentielle qu’il accorde à l’acte de peindre ainsi que pour ses suggestions de figures humaines ou de bestiaires imaginaires. La pop culture, le street art et Basquiat tout autant que Keith Haring.

Le chaos est ambiant. Et je commence à respirer sous l’eau.
Je suis déstabilisée mais pas ko. J’en veux encore.
Snach-Ka c’est un peu comme une boisson énergisante. Sans le sucre.

A défaut de pouvoir faire rentrer des toiles dans la voiture de mon chauffeur du retour, j’ai eu la chance pour ne pas dire la joie intense, de repartir avec des acryliques sur papier. Une première série est disponible sur le site SHOP. C’est exceptionnel. L’artiste n’est en vente qu’en galerie.
Je remercie Snach-Ka pour son accueil, les boulets à la liégeoise, frites, à Theux à deux, sa disponibilité, sa générosité dans l’échange et le partage de son exceptionnel travail. Et pour CA…

There are encounters that one hopes for and encounters that one provokes.
My meeting with Alain Schank alias Snach-Ka is one of those that you hope for, that you provoke and that turn out to be obvious.
It was as obvious as saying “yes” when he asked me to come and meet him at his home in Belgium, in his huge industrial workshop in the middle of a wasteland a few kilometres from Liège.
Liège? If he had told me Mandelieu-La-Napoule or Mars, it wouldn’t have made any difference. Snach-Ka and I, the story had already started.
Six hours of carpooling later and I spend three days talking a lot about art and life, listening to him constantly questioning what drives him and discovering some of the protean and striking works that he has produced over the past twenty years in abstraction. These intense pictorial experiments with large series of abstractions on the theme of gesture, matter and chance have earned him international exposure and a presence in several galleries.
This period will come to an end in 2018, when he feels he has experienced everything in his abstract work and feels manipulated by the art market system. To this complex period is added painful events, he loses loved ones. He spent three years without painting.
In 2021, the urge returns and with it his alias Snach-Ka, which had been secretly accompanying him in the margins of his work for years. He is figurative, free, uninhibited, disinterested and respects nothing but the moment. Snach-Ka’s introspection of Alain Schank is bulimic. His crazy characters scream their madness at us, bordering on aggression. Words, in all languages, and collages make their appearance. The fight has started again. But this time it’s going to be trashy and he’s going to use the unfiltered visibility of social networks to make it known.
In less than two years 16.5K followers follow his real-life antics on Instagram @Snach-Ka, Snach-Ka produces and exposes himself in a hurry like a witness of his time.
It has to be loud but without any aesthetic research. The colours are strong, vivid, primary, taken at random. The paint is spit on the canvas and the brushes are often thrown in action painting mode. The strokes are strong, creating striking contrasts of impulsiveness and immediacy. In this, he readily recognises himself in American abstract expressionism but also in the CoBrA artistic movement born in reaction to the quarrels between abstraction and figuration. He reconnects with an essential primitive material, immersing himself in it totally ignoring any aesthetic codification determining the notions of beauty and ugliness. Snach-Ka does not paint to decorate the walls, he paints to confront himself and to be seen.
He releases his frustrations so that we can question our own.
The battle is not always won in advance, he destroys a lot of canvases, mainly large ones.
With him it is all or nothing.
Only the act of painting seems to count.

His inspirations? Tons. But a lot, the primitive arts, Duchamps and his Ready Made which stick to reality, Cy Twombly, for the energy which emanates from his painting and which does not make it accessible to just anyone. Willem De Kooning, Antoni Tàpies or Asger Jones in the essential place he gives to the act of painting as well as for his suggestions of human figures or imaginary bestiaries. Pop culture, street art and Basquiat as well as Keith Haring.

The chaos is ambient. And I start to breathe underwater.
I am unsettled but not ko. I want more.
Snach-Ka is a bit like an energy drink. Without the sugar.

As I couldn’t fit any paintings into my driver’s car on the way back, I was lucky enough, not to say intensely happy, to leave with some acrylics on paper. A first series is available on the website. SHOP It is exceptional. The artist is only available in galleries.
I would like to thank Snach-Ka for his welcome, the Chips, his availability, his generosity in exchanging and sharing his exceptional work.

A

2023. Une année en A.

A comme Amour tout d’abord.  Parce qu’il va de soit que sans amour n’importe quelle année est gâchée et aussi parce que j’ai envie d’en ajouter sans modération dans ma vie privée autant que dans ma vie professionnelle.

Prendre en photos des personnes qui s’aiment et leur permettre de garder le souvenir de ce moment. Laure et Frédéric m’ont offert cette opportunité folle en me demandant de réaliser les photos de leur mariage civil en Décembre 2022. L’expérience aussi intense que joyeuse m’a donné envie de la vivre et de la proposer à d’autres personnes. Peu importe le lieu, l’évènement, il suffit que ce qui vous motive commence par Amour et que vous me soumettiez votre projet. Quelques échanges par mail et  téléphone feront le reste.

A comme Atelier. Celui qui voit le jour au 11 rue Sainte Colette à Poligny sous nos coups de pinceaux et son aménagement qui a commencé début Janvier. Cela fait presque 2 ans que je cherchais cet espace cubique et éclairé où je vais pouvoir non seulement travailler autant la peinture que la photo mais aussi y proposer des résidences, des expositions, des rencontres. Un lieu de vie artistique qui me ressemble à 100%. Ça va piquer. Son ouverture fera l’objet d’un autre article avec plus de détails. Le temps que la peinture sèche et je vous raconte.

 

A comme Artiste. Vivre de ce que je crée, de ce que je produis. Montrer mon travail et promouvoir celui des autres. Pour être créativement folle, il faut que tout soit clair autour. On ne peut pas courir un 100 m dans un marécage. Je n’ai jamais autant vu clair dans mes projets, mes envies, dans qui je suis et jusqu’où j’ai envie de courir.

Artistes également que je vais continuer à vous présenter dans mon podcast l’ Art d’Entendre commencé avec le peintre Antonio Sà Poès en Octobre 2022. L’article est ici L’Amour de l’Art. Je garde là aussi la surprise du prochain épisode. Mais me réjouis déjà.

A  comme Arles ? Impossible de me projeter dans cette année sans penser aux Rencontres Internationales de la Photographie. Rendez-vous qui se veut incontournable pour mille raisons. Montrer WET à Arles serait grand. Choper la plus petite des opportunités sérieuses pour être de nouveau visible pendant ce festival que j’aime tant pourrait faire partie des grands moments de cette année.

Vous l’aurez compris Je vous souhaite une belle année. Croisons les A.

La photographe

Il n’ y a pas de hasard, juste des rencontres incroyables.

Laure et Frédéric m’ont contacté 4 jours avant leur mariage civil via une annonce que j’avais déposée pour trouver des modèles. Ils me proposaient de réaliser un reportage photos de leur mariage, me laissant carte blanche au regard des photographies qu’ils avaient déjà pu voir sur mon site. Je me souviens avoir été à la fois touchée par leur confiance, leur facilité à dire ok on y va, sans vraiment savoir où l’on pouvait aller, leur curiosité, leur gentillesse lors de nos échanges, l’inattendu de leur proposition et l’envie de me mettre à la hauteur de cet événement si important pour eux.

Le moment fut merveilleux. J’ai shooté en même temps que je rencontrais les mariés et leurs proches. Moment professionnel à la fois simple et complexe. J’ai pris les photos comme j’aime les prendre, à l’instinct, mais concentrée car consciente que mon travail serait pour les mariés le témoin impérissable de leur bonheur.

La suite, c’est un album photo 25X25, couverture en tissu, reliure cousue, édition artisanale Nantaise et qualité d’impression haut de gamme, proposé dans un coffret luxe.

La suite, c’est l’émotion de Laure et Frédéric lorsqu’ils ont découvert mon travail.

La suite, c’est de vivre avec vous d’autres moments comme celui ci.

C’est pourquoi, je vous propose de poser un regard qui me ressemble sur les plus beaux moments de votre vie.

Il suffit de me contacter au 07 66 25 83 27 ou par mail contact@nina-level.fr

Vous êtes déjà ma prochaine rencontre incroyable.

Seins Négatifs

Qui est cette femme ? Ou est- elle et à quelle époque?

J’ai trouvé comme un cadeau le négatif de cette photo dans la pochette d’un appareil argentique que j’avais acheté dans un vide grenier il y quelque temps maintenant. Cette photo est spéciale et sublime. J’aurais aimé la prendre. Par quel hasard cette femme libre et heureuse de l’être me sourit comme ca ? A moi et maintenant à vous? J’aurais pu prendre cette photo et c’est ça qui est encore plus étonnant. Un autre négatif ne m’aurait sans doute pas touché autant. Là, tout m’inspire. Les voitures comme des dinosaures, la nature, la lumière, son jean taille haute, sa coupe de Charlie’s Angels, son rire qu’on entend presque et sa poitrine.

Si les seins sont rarement gérés par ceux qui les possèdent, le sein féminin a derrière lui une très longue histoire de glorification et… de censure. Les diverses significations qu’on lui a données à travers les époques sont fluctuantes et teintées par des discours religieux, sociaux, moraux, bref normatifs. Et alors quoi ? Aucune femme se montrant torse nu n’a encore déclenché l’apocalypse. Il y a encore tellement d’hypocrisie à dénoncer un malaise à la vue des seins féminins, alors que l’on a jamais autant montré de pornographie à travers le monde. Mais hors ce contexte, son acceptation n’est jamais loin de son bannissement.

Le message de cette photo est soudain clair. Si être libre c”est aussi transgresser l’interdit de montrer sa poitrine, eh bien continuons à montrer nos nichons. Ça rend heureux. N’est ce pas Madame?

 

Who is this woman? Where is she and when?

I found the negative of this photo as a gift in the pocket of a film camera I bought at a garage sale some time ago. This photo is special and sublime. I wish I had taken it. By what chance does this free and happy woman smile at me like that? To me and now to you? I could have taken this photo and that’s what’s even more amazing. Another negative would probably not have touched me as much. Everything inspires me. The cars like dinosaurs, the nature, the light, her high-waisted jeans, her Charlie’s Angels haircut, her almost audible laugh and her breasts.

If breasts are rarely managed by those who own them, the female breast has a very long history of glorification and… censorship. The various meanings given to it through the ages are fluctuating and coloured by religious, social, moral, in short normative discourses. So what? No topless woman has yet triggered the apocalypse. There is still so much hypocrisy in denouncing a discomfort at the sight of female breasts, when there has never been so much pornography shown around the world. But outside this context its acceptance is never far from its banishment.

The message of this photo is suddenly clear. If being free is also about breaking the ban on showing your breasts, then let’s keep showing our tits. It makes you happy. Doesn’t it, Madame?

 

L’Amour de l’Art

L’Amour de l’Art

Il n’ y a pas mille façons d’avoir un coup de foudre. il y a juste mille façons d’en entendre parler.

Je vais vous faire découvrir et peut être vous donner envie d’acquérir le travail de peintres, de photographes dont la démarche artistique et créative me touche. Ces artistes j’en connais déjà quelques uns mais espère surtout en découvrir d’autres avec vous, au fil de mes rencontres inspirantes.

Le premier a faire un pas de géant dans cette galerie virtuelle est le peintre Pessoa.

A 49 ans, il est né à Paris mais vit et travaille à Besancon. Dans les années 2000,  il rentre au sein du groupe Anartiste de la fédération  anarchiste où il rencontre son ami le peintre et poète André Robèr qui lui fait découvrir l’art. Il collabore à la revue Art & Anarchie dans laquelle il apparait pour la première fois avec une série de poésies visuelles. Un art entre mot et image qu’il continue à travailler en participant depuis plusieurs années à la Biennale Internationale de Poésie Visuelle d’Ille s/Têt (66) ainsi qu’à la revue  #Nuire sous le pseudonyme d’Antonio Sá Poès.

Cultivant sa marginalité en expérimentant comme bon lui semble, sa peinture est forte car sans code, hors norme. Intranquille par nature, il ne s’encombre de rien et peint d’abord pour lui même dans l’urgence d’exprimer ses angoisses, ses doutes, son ironie face à la vie. Tout prend forme dans le chao. La couleur est là pour nous permettre de respirer. Je suis fan de sa radicalité et de son hyper sensibilité qui donne à voir une peinture esthétiquement forte.

Refusant toutes les cases qui pourraient l’enfermer, il admet aux forceps, s’inscrire dans la mouvance de l’art brut et plus largement, l’art outsider. Il se place ainsi hors du système de l’art mais avec juste la volonté de créer sans la reconnaissance qui va avec et sans avoir la conscience d’être artiste.

Il  va falloir attendre 2020, pour qu’il accepte une collaboration avec deux esprits libres, Charles Dagand et Stéphane Planche, lesquels lui proposent de réaliser les étiquettes de l’ensemble de leurs cuvées de vin vivant, Karnage.

Il expose pour la première fois en Mai 2022 lors d’une exposition collective avec Didier Manyach et Sophie Pluen à la galerie TREIZE à Ille sur Têt (66).

En Juillet, il est invité par le plasticien Joseph Maureso dans le cadre d’une œuvre participative  « De l’Enfouissement à la résistance » à l’espace des Arts Le Boulou (66) à collaborer avec les peintres André Robèr et Gilles Olry. Il réalisera et exposera deux œuvres.

Présent en résidence dans le Jura à Arbois aux Jardins de Saint Vincent, une exposition lui est également consacrée au Bistrot des Claquets du 6 Septembre au 26 Novembre 2022.

J’ai également la chance de pouvoir vous proposer son travail dans le Shop Galerie du site. Qui aime possède un peu.

Mais il est temps de tendre l’oreille pour le découvrir au travers de cette interview réalisée chez moi à l’occasion de son exposition. Pour la petite histoire, je devais retranscrire l’enregistrement de nos échanges mais j’ai tellement adoré la vulnérabilité et l’authenticité de ce moment que j’ai proposé à l’artiste de le diffuser sous ce format audio. On y entend les bruits de la maison, du chien, des tasses de thé, mes tournures de phrases peu académiques, mes rires et ses silences, les noms des artistes qui nous échappent, la voix d’André Robèr, le son de John Cage, Coltrane, Tricky ou encore de Sleaford Mods. On y parle de la vie, on prend le risque de l’intime, simplement, Entre nous.

Je remercie Antonio Sá Poès pour cette parenthèse de bonheur quand je sais combien il est un peu sauvage et ne tient pas à s’exprimer beaucoup. Il aime vivre caché. Pour être heureux sans doute.

 

 

There are not a thousand ways to fall in love at first sight. There are just a thousand ways to hear about  it.

I will make you discover and why not acquire the work of painters and photographers whose artistic and creative approach touches me. I already know some of these artists but I hope to discover others with you.

The first to take a giant step in this virtual gallery is the painter Pessoa.

He is 49 years old and was born in Paris but lives and works in Besancon. In the 2000s, he joined the Anartiste group of the anarchist federation where he met his friend, the painter and poet André Robèr, who introduced him to art. He collaborates with the magazine Art & Anarchie in which he appears for the first time with a series of visual poems. An art between word and image that he continues to work on by participating for several years in the International Biennial of Visual Poetry of Ille s/Têt (66) as well as in the magazine #Nuire under the pseudonym of Antonio Sà Poés.

Cultivating his marginality by experimenting as he sees fit, his painting is strong because it is without code, outside the norm. Not quiet  by nature, he is not encumbered by anything and paints first of all for himself in the urgency to express his anguish, his doubts, his irony in front of life. Everything takes shape in the chaos. The colour is there to allow us to breathe. I am a fan of his radicalism and his hyper-sensitivity which gives us an aesthetically strong painting.

Refusing all the boxes that could confine him, he admits to forceps, to be part of the movement of art brut and more widely, outsider art. He thus places himself outside the art system but with just the will to create without the recognition that goes with it and without having the awareness of being an artist.

It wasn’t until 2020 that he agreed to collaborate with two free spirits, Charles Dagan and Stéphane Planche, who asked him to design the labels for all of their living wine vintages, Karnage.

He exhibited for the first time in May 2022 in a group show with Didier Manyach and Sophie Pluen at the TREIZE gallery in Ille sur Têt (66).

In July, he was invited by the artist Joseph Maureso to collaborate with the painters André Robèr and Gilles Olry in a participative work entitled “De l’Enfouissement à la résistance” at the Espace des Arts in Le Boulou (66). He will produce and exhibit two works.

Present in residence in the Jura in Arbois at the Gardens of Saint Vincent, an exhibition is also dedicated to him at the Bistrot des Claquets from September 6 to November 26, 2022.

I am also lucky enough to be able to offer you his work in the Shop Galerie of the site.

But it’s time to listen to this interview with him, which was conducted at my home on the occasion of his exhibition. For the record, I was supposed to transcribe the recording of our exchanges but I loved the vulnerability and authenticity of this moment so much that I suggested to the artist that we broadcast it in this audio format: we hear the sounds of the house, the dog, the cups of tea, my unacademic turns of phrase, my laughter and his silences, the names of the artists who escape us, the voice of André Robèr, the sound of John Cage, Coltrane, Tricky or Sleaford Mods. We talk about life, we take the risk of intimacy, simply, Between us.

I would like to thank Antonio Sa Poes for this interlude of happiness when I know how wild he is and how he doesn’t want to express himself much. He likes to live hidden. To be happy, no doubt.